Un bon point !...
J'avais huit ans, je venais tout juste d'entrer à l'école!...
Comment croire au "bon point" ?
J'étais braconnier....
Je fus aussi faussaire…
Quand on était sage, quand on travaillait bien, on avait droit à un bon point. Le jeu était un peu pervers : cinq bons points apportaient une image… Qui aurait le plus d’images ? Il suffisait d’un peu d''imagination, et d’un peu d’habileté manuelle : j’inventai le tampon… Une gomme, ça se découpe bien …Je sculptais donc, en relief et à l’envers, la formule magique : « 1 bon point » . Le carton des bons points était de la couleur de certaines boîtes de sucre de cette époque : il suffisait donc de découper de petits cartons aux exactes dimensions. Encrer le tampon et l’appliquer sur le carton, ce fut décevant au début : je dus m’y reprendre à plusieurs fois, mais je finis par réussir.
Dois-je vous dire ma peur quand j’annonçai la première fois :
- Madame, j’ai cinq bons points !
Elle prit les bons points, un mélange de quatre vrais et un faux… Elle me donna mon image. Je me suis toujours demandé si elle avait été dupe, ou si elle avait choisi de ne rien dire. Je renouvelai la tricherie deux ou trois fois, puis je déchirai les derniers « faux » . Remords ou déception de ne pas avoir été puni ? Je n’ai jamais su . De toute façon, l’expérience avait eu valeur de leçon de morale : je n’eus plus envie de tricher !