Fiction ?...
Fiction : j'écrirai ça quelque part…
J’ai vieilli…
Plus voûté que jamais, je marche à petits pas, et je m’appuie sur une canne.
J’ai voulu revoir ce coin de Loire, où, gamin de huit ans, je braconnais mes grasses écrevisses…
Anne m’accompagne.
C’est novembre . Il pleut.
Le chemin, de mauvaises herbes et de boue grasse, rend difficile mon avance. Et il est impossible de m’aider…
Au sol, sur ma droite, la rigole qui fut creusée un jour, est un égout qui déverse ses eaux grises et brunes dans ce bassin naturel .
De chaque côté du chemin, des haies taillées de thuyas , de lauriers, et de bambous ont remplacé les frênes, les saules, les aubépines, et les églantiers…
La flore naturelle a dû laisser la place à des végétaux d’élevage, des végétaux venus d’ailleurs…
Des clôtures de grillage ont dépecé les friches où je cueillais mes asperges… Des barbecues de béton, des salons de jardin de matière plastique, des portiques de jeux, des cabanons de loisirs…ont remplacé les friches sauvages et vives…
J’atteins le bout du chemin :
- Ma Loère !
Les mots de mon enfance ont jailli ! Ils sont revenus spontanément. Pourtant, c’était il y a…Oh ! oui, c’est loin !
L’éventail de roches et de sable a été emporté : la Loire roule toujours son courant puissant. Mais elle a fait, de la rive dentelée, savoureuse au
regard, protectrice des vieilles plates des pêcheurs amoureux de leur Fleuve, un bord rectiligne et banal.
Son cours est devenu un écoulement souillé, une sorte de fluide - d’huile ? - qui va se vidanger dans l’Océan…