Grand-mère...
Grand-mère...
J’avais passé tant de veillées à l’écouter me raconter des histoires du siècle passé - le XIX ème . J’avais reçu tant de leçons – aujourd’hui, elles peuvent paraître déplacées – des leçons d’une morale inquiétante : si tu pèches, tu iras en enfer…et là, il y a le diable…et le feu… Et tu y resteras toujours, toujours… Tu n’en sortiras jamais, jamais… Toujours, jamais ! Toujours, jamais ! Tic ! tac ! Tic ! Tac ! Toujours ! Jamais ! Tic ! Tac ! Ces mots s’imposaient dans ma mémoire, s’y enracinaient, et se confondaient avec le tictac de l’horloge .
Ces histoires me faisaient peur, je tremblais… (...)
- Mais si tu es bon, tu auras droit au paradis, et là, tu verras !... Elle se taisait, longuement ; je la regardais, attendant la suite . Et j’avais l’impression que, dans sa tête, défilaient des images de tous les bonheurs, plus grands même que tous ceux qu’on peut imaginer !... Je devais m’endormir en rêvant…ou en faisant des cauchemars !
Et surtout, ma grand-mère maternelle racontait si bien l’histoire de Rouget le Braconnier !
Je te promets, Grand-Mère, moi aussi, je raconterai Rouget Le Braconnier à mes petits-enfants. Mais je ne leur parlerai pas de l’enfer…Je leur dirai plutôt que leur paradis, ce sera à eux de le construire, et je mettrai toutes mes forces pour les alerter contre les tentations, les pièges de leur époque, pour les convaincre que le bonheur, c’est de créer.