Ma grand-mère...
Ma grand-mère...(1951)
Dans son petit village, la disparation de ma grand-mère laissa un grand vide. En ce temps-là – mais qu’en est-il aujourd’hui, peut-être pas dans son village, où la population a été totalement renouvelée, et où, de toute façon, on l’a oubliée ? – en ce temps-là, on croyait à beaucoup de choses. Elle était connue, dans toute la région, enfin, la région qu’on pouvait atteindre à pied, à cheval ou en vélo, comme la meilleure personne pour soigner les brûlures… On disait : « conjurer ». Ce fait s’est inscrit dans ma mémoire de deux façons .
Ce que je me souviens d’ avoir vu, d’abord…
Un petit enfant de trois ou quatre ans avait posé la main sur une cuisinière en pleine chauffe : il hurlait de douleur, des cloques énormes se formaient… On vint chercher ma grand-mère. Elle m’emmena avec elle. Je me souviens des cris de l’enfant, des cris qui diminuent, qui faiblissent, qui s’éteignent petit à petit… Je ne sais plus combien de temps la guérison demanda. Mais il est resté dans ma mémoire cet apaisement que ma grand-mère avait donné à ce petit.
Ce que j’ai vécu, ensuite…
Je me souviens que ma grand-mère, avant de mourir, me transmit son « secret ». Longtemps après, je crus avoir enregistré, dans un tiroir de ma mémoire, ce qu’elle m’avait livré. Je crus me souvenir des mots et des actes qu’il fallait faire. On savait autour de moi, que j’étais censé avoir été initié . On me demanda d’essayer, j’essayai…Sans résultat ! Où était le mécanisme cassé ? Peut-être dans mon scepticisme, tout simplement . La magie n’était pas au rendez-vous !