La guerre...
Mais la guerre était venue…
Mobilisé, envoyé au front, mon père avait été fait prisonnier… En son absence, celui qui gérait l’entreprise avait tout coulé !...
Prisonnier, mon père s’était évadé… une fois, deux fois repris, il avait été menacé d’être fusillé s’il recommençait. A sa troisième évasion, il avait réussi ! Il avait parcouru huit cents kilomètres à pied. Il était arrivé chez ma grand-mère maternelle… Epuisé, il s’était couché : il dormit un quart d’heure !
- Sauve-toi, Raymond, t’as été dénoncé !...
Et la fuite, alors, recommença. Plusieurs villes de l’ouest, puis un jour, un village. Et dans ce village, une grande ferme. Et dans cette grande ferme, des dépendances…et un emploi d’ouvrier agricole. C’est là que je suis né… L’année suivante, une ferme plus grande, pour nous tout seuls : mon père, ma mère, mon frère aîné, de dix ans plus âgé que moi…Mes grands - parents maternels vinrent vivre avec nous.
Mon grand-père mourut en 1944 . La tuberculose.
Deux mots seulement me reviennent en mémoire : il était plutôt petit et très gentil… Il m’emmenait à travers la campagne, il m’expliquait les herbes, les fleurs, les arbres, les oiseaux et leurs chants, les animaux, les gentils et les méchants …
Je n’ai jamais oublié cette averse si violente, au retour d’une promenade. La pluie tombait avec une telle force qu’on avait l’impression que ses gouttes rebondissaient, et remontaient vers les nuages qui les avaient portées. Des gouttes de pluie qui montent vers les nuages : une vision d’enfant, des souvenirs gravés !