Le pain
Le Pain...
La guerre est là…Je me souviens des alertes : les sirènes…ma mère me prenait par la main, et m’entraînait en courant vers un fossé, sous une haie…Elle me faisait coucher au sol, et me couvrait de son corps…Les ronces m’égratignaient…
Je revois des images de mes trois ans…Dans le ciel, il n’y a pas de silhouettes d’avions : il y a des formes géométriques, de couleurs variées : des cylindres verts, des éclairs orangés, des nuages de fumée noire…Des images très vagues : je n’avais guère plus de trois ans !
Je revois une nuit !...Une nuit noire, et le tocsin qui sonne : nous sortons tous de la ferme, tous éveillés, alarmés : « Qu’est-ce qui se passe ? »
Et dehors, un ciel tout rouge ! Et à quelques centaines de mètres de là, les flammes d’un incendie : c’est la boulangerie qui brûle !... Des hommes courent…
Un incendie, je l’ai appris cette nuit-là, c’est toujours grave !...Mais l’incendie d’une boulangerie, c’est le pain, c’est la vie qui s’en vont en fumée !...Et en temps de guerre, le pain, c’est tout ! C’est toute la vie : c’est la base de la nourriture !
Le pain !...
Nous n’aurons plus de pain !
C’était la guerre…
« Oh Barbara
Quelle connerie la guerre »…
Mais aujourd’hui, ce n’est pas la guerre !
Et le pain, le pain, le pain simple, le pain, aliment du corps et de l’esprit, le pain manque à des centaines de milliers d’êtres humains, dans un pays riche !!!!