Mon père...

Publié le par Robinson

Mon père...

Je venais d’avoir dix ans : c’était la fin de décembre.

J’avais la varicelle et la coqueluche. Un sirop, mal bouché au laboratoire, m’ajouta une sorte d’empoisonnement : ma mère ne dormit guère cette nuit-là ! Mon frère et ma sœur avaient la coqueluche : nous toussions en chœur.

J’étais le pharmacien de la maison. Quand le médecin de famille venait, dansnotre campagne au bord de la Loire, il me demandait si j’avais tel sirop, telles gouttes, tels comprimés…

Ce matin-là, je cherchais un médicament dans le haut du buffet où nous rangions ces produits.

Je chantonnais.

Je savais pourtant : j’avais supposé, j’avais deviné, j’avais compris. Ma mère ne m’avait rien dit. Mais son visage était plus pâle, plus défait, plus vieilli. Elle n’avait que quarante ans, mais dans sa face amaigrie, des rides s’étaient creusées, depuis quelques semaines. Et puis ses yeux rougis, plus que les jours précédents, et noyés de larmes qu’elle voulait retenir, qu’elle voulait nous cacher…

Et je chantonnais, je ne sais quel chant…

Je ne chantais pas ma joie, je chantais ma douleur !

Je chantais par provocation, pour l’obliger à me dire.

Et plus elle s’efforçait de contenir ses larmes, plus je luttais pour endiguer les miennes !

    -   Ton père est mort, et tu chantes !... Ce ne sont pas les mots qu’elle aurait voulu dire, ce sont les mots qui sont sortis !...

    Mais alors, et alors seulement, je pus pleurer !

    Je pus pleurer, mais je dus aussi protéger du chagrin mon petit      frère  et    ma petite sœur… Il est difficile d’expliquer à une enfant de deux ans,  à un enfant de trois ans et demi…

Y avait-il eu un Noël, cet année-là ? Je suis incapable de le dire.

Même dans la pauvreté, les Noëls  précédents avaient été marqués. Je me souviens de ce camion de bois que mon père me fabriqua l’année précédente : il était plus long que je n’étais haut !...

De ce décembre 1951, il me reste une sensation, imprimée, comme tatouée en moi : une absence, un vide, un grand néant...

En fait, cette absence avait commencé trois mois plus tôt : mon père était entré dans un hôpital pour une intervention bénigne. Il n’en sortit que deux fois : la première fois, pour être transféré dans un autre hôpital. La tumeur au cerveau… La deuxième fois, ce fut pour son dernier voyage.

 

Et, dans ce dernier voyage, je ne l’accompagnai pas !
Mais longtemps, dans les années qui suivirent, et même jeune adulte, j’ai vécu une scène étrange . Je marche sur un trottoir. Dans ma tête, des pensées, tantôt tristes, tantôt gaies…Plutôt loin devant moi, un homme vient, tantôt gai, tantôt triste . C’est une silhouette trapue, coiffée d’un béret . Nous marchons l’un vers l’autre.            
Nous nous croisons.

Chacun continue sa route.

- Mais, on dirait…dans ma tête, un signal s’est déclenché !

Je fais demi-tour, je rejoins et dépasse l’homme, puis je reviens vers lui, et je le dévisage avec insistance. Il doit s’interroger sur mon état mental !

- Non, ce n’est pas mon père… dans ma tête, le signal s’est éteint !

Mais il est vrai que mon esprit avait été touché par une ressemblance physique certaine.

Lorsque mon père est mort, je n’ai pas pu le voir une dernière fois : j’étais malade .

Lorsqu’il a été enterré, je n’ai pas pu être là…

Etait-il vraiment mort ? Je le croyais, puisque ma mère me le disait, puisque tout mon entourage montrait  son chagrin…

Pour moi, cependant, sa tombe seule était un fait certain.

Et je ne le compris pas tout de suite, mais la vie me l’imposa : à dix ans, j’étais devenu chef de famille !...Je le sus très vite : six mois plus tard.

 

Et j’ai compris qu’un point d’ancrage était nécessaire à la mémoire de ceux qui vivent après, un endroit où l’on peut se dire :

Mon père est là.

Mon fils né sans vie est là.

Mon petit-neveu mort après deux minutes de vie est là.

Ma mère est là.

C'est pour ça que je veux ma petite place dans le petit cimetière de mon village... 


Mais après cet hiver si noir, le printemps revint, avec ses bourgeons roses, et jaunes, et vert pâle...
La vie  réelle renaissait ! 

Mais peut-elle toujours renaître ?

Une chose est certaine: aujourd'hui, je ne suis pas en conflit avec mon père...Il me manque depuis 58 ans!

 
N.B. Ce texte n'est que fiction...

 

 

 

 

 

 

 
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Publié dans Mes écrits

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P
<br /> Il faut que je m'habitue, je garde un grand respect pour les profs !! alors je te tutoies dès ce soir, désolée difficile de perdre ses réflexes .... Hihi !<br /> <br /> <br />
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R
<br /> Une p'tit' histoire pour détendre ? J'avais un copain, dans mon village...On se tutoyait...Un soir de fête de la musique, à la même table, on boit un verre...on est 8 ou 10...Dans la conversation,<br /> quelqu'un parle du 1er C.E.T. dans lequel j'ai enseigné...Le copain découvre que j'ai été son prof...Le lendemain, il s'est mis à me vouvoyer! J'ai dû le faire revenir au "tu"!<br /> <br /> <br />
P
<br /> Pure fiction? mais tellement bien exprimé, une tranche de vie, une page de roman, une "nouvelle" (au sens littérature) qui n'en est pas une bonne pour ce petit garçon qui doit devenir un<br /> homme à dix ans ! émouvant, je suis cliente pour l'émotion bien que je joue beaucoup avec l'humour! merci Mr Robinson  <br /> <br /> <br />
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R
<br /> Ah! non! ne m'appelle pas Mr Robinson...sinon, je boude, na!...<br /> Si je ne finis pas mon roman, j'essaierai peut-être un recueil de nouvelles: j'ai d'autres textes...<br /> <br /> <br />
K
<br /> ne t'inquietes pas , je vérifie mes coms , et n'hésite pas si je peux t'aider meme si chez moi, ca bug parfois, a bientot<br /> <br /> <br />
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R
<br /> Pas de problème: si un com ne passe pas, je recommence! Je repasserai chez toi pour voir si tu n'as pas quelque chose que je puisse utiliser: mon blog aura un an le 28 octobre....A bientôt!<br /> <br /> <br />
K
<br /> Jolis mots, le mien me manque aussi , si tu souhaites quelquechose pour ton blog, pas de probleme demande , et j'essayerais de faire quelquechose de personnalisé, avec plaisir  a bientot<br /> <br /> <br />
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R
<br /> Merci, Kathe...Si tu as lu mon blog, tu as pu constater que je cherche ma voie...et que ce n'est pas simple: il faut que je me fasse une place dans un autre milieu de blogs .J'ai commencé à changer<br /> l'aspect, mais je ne suis pas satisfait du tout: je viendrai sûrement te voir pour m'aider!...A bientôt, kathe...<br /> P.S. Je suis passé chez toi, j'ai mis un com sur rouge ou vert, mais j'ai l'impression qu'il n'est pas passé...<br /> Re-P.S. Deux fois, j'ai déposé des coms...je ne les retrouve pas (j'ai quelques soucis avec le net...mon ordi n'a pas de virus, un informaticien s'en occupe...Mais j'ai des problèmes de net...) Je<br /> reviendrai! aA bientôt!<br /> <br /> <br />
B
<br /> merci pour le message...le conflit doit faire partie de la vie, de l'incompréhension... je sais que c'est idiot et du temps perdu, et pourtant...Ce texte me touche énormément je ne l'avais pas lu<br /> en entier, où peut-être en as-tu rajouté... je te dirai le reste de vive-voix... bisous...<br /> <br /> <br />
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R
<br /> On m'avait dit : "la guerre de cent ans a cessé, ça c'est sûr!"...<br /> Ne peux-tu pas mettre fin à toutes ces incompréhensions, à tous ces malentendus...? avec ton père en particulier (50 ans de guerre ?)...Il a quatre-vints ans: le monde virtuel, il ne comprend<br /> pas!...<br /> Mais si tu te trouves mieux dans le monde virtuel, alors, restes-y...suis les bons conseils qui te sont donnés dans ce domaine...et oublie tout ton entourage! Mais n'oublie jamais le conseil d'un<br /> grand ami :"Moi, à cinquante ans, j'ai décidé de ne plus me laisser emmerder par personne!" ... éjecte tous ceux qui t'emmerdent!...Et n'oublie pas non plus que je suis à ton côté tous les<br /> jours...Pardon: oublie ça aussi si tu veux!<br /> <br /> <br />