Dimanche 19 avril 7 19 /04 /Avr 06:10


Le lai du Laostic.

 

            J’aurais bien aimé être l’auteur de ce texte ! hélas, Marie de France, je crois bien, m’a devancé !...(XIIème siècle…)

 

            « Je vous dirai une aventure dont les Bretons ont fait un lai. Son nom est Laostic, je crois que c’est ainsi qu’ils l’appellent, en leur pays ? C’est rossignol en français, nihtegale en bon anglais »

            « Un jeune baron, héroïque et courtois, s’éprend de la femme de son voisin, mais ne peut l’approcher car elle est étroitement gardée. Les deux amants sont constamment à leur fenêtre, à se contempler et à se parler, mais gardent jalousement le secret de leur amour »…

 

            Ils s’aimèrent ainsi, longtemps, d’amour réciproque, jusqu’à un soir d’été, quand les bois et les prés reverdissent, et que les vergers sont fleuris. Les oiselets, en grande douceur, chantent leur joie parmi les fleurs. Celui qui aime selon son désir, est-ce étonnant qu’il s’y livre entièrement ? Du chevalier je vous dirai la vérité : il s’y livre de tout son pouvoir ; et la dame aussi, de son côté, toute en parlers et en regards ! La nuit, quand la lune luisait et que son seigneur était couché, souvent elle se levait et s’enveloppait de son manteau . Elle venait se mettre à la fenêtre, car, elle le savait, son ami était à la sienne : elle veillait la plus grande partie de la nuit . Ils avaient du moins le plaisir de se voir puisqu’ils ne pouvaient avoir davantage .

Elle se tint si souvent à la fenêtre, elle se leva si souvent, que son seigneur s’en irrita et maintes fois lui demanda pourquoi elle se levait et où elle allait : «  Sire, lui répond la dame, il ne connaît pas le bonheur de ce monde celui qui n’entend pas le laostic chanter : voilà pourquoi je me tiens ici . Je l’entends si doucement, la nuit, que cela me semble un grand plaisir . Il me charme si bien, je désire tant l’entendre, que je ne puis en fermer l’œil ! » Quand le seigneur entend ce langage, de colère et de méchanceté il se met à rire . Il lui vient une idée : il prendra le laostic . Il n’est valet dans sa maison qui ne prépare engin, rets ou lacet : ils les placent dans le verger . Pas un coudrier, pas un châtaignier qui ne soit muni de lacets ou de glu : le voilà pris et retenu.

            Quand ils ont pris le laostic, ils le remettent, tout vif, à leur seigneur . Il fut plein de joie quand il le tint . Il vint à la chambre de sa dame : « Dame, fait-il, où êtes-vous ? Avancez ! Parlez-moi ! J’ai pris à la glu le laostic, pour lequel vous avez tant veillé § Désormais vous pourrez dormir en paix : il ne vous éveillera plus ! » Quand la dame l’a entendu, elle est dolente et affligée : elle le demande à son seigneur . Mais, de colère, il le tua . Il lui brisa le cou de ses deux mains : ce fut grande vilénie ! Il jeta sur la dame le corps de l’oiseau, et lui tacha sa robe, un peu, devant, sur la poitrine . Puis il sort de la chambre .

            La dame recueille le petit corps . Elle pleure amèrement, elle maudit ceux qui ont pris le laostic avec leurs engins et leurs lacets, car ils l’ont privée d’un grand bonheur : « Hélas ! fait-elle, quel malheur ! Je ne pourrai plus me lever la nuit, ni me tenir à la fenêtre où j’ai coutume de voirv mon ami . Je sais une chose , à coup sûr : il croira que je me dérobe . Il faut donc que je l’avise : je lui enverrai le laostic et lui ferai savoir cette avecture ! » En une pièce de satin brodé de lettres d’or, elle enveloppe l’oiselet . Elle appelle un valet, le charge de son message et l’adresse à son ami . Il arrive auprès du chevalier, le salue de la part de sa dame, lui transmet son message et lui offre le laostic .

            Quand il eut tout dit, tout montré, le chevalier qui l’avait bien écouté fut désolé de l’aventure, mais ne se montra ni vilain ni lent : il fit forger un coffret, non pas de fer ni d’acier, mais tout d’or fin, orné de belles pierres précieuses, d’une immense valeur ; le couvercle en était fort bien ajusté . Il y plaça le laostic, puis il a fait sceller la chasse toujours il la fait porter avec lui.

            Cette aventure se répandit : on ne put longtemps le celer . Les Bretons en firent un lai qu’on appela « Le Laostic ».

 

 

 

Par Robinson - Publié dans : Mes écrits - Communauté : La Bretagne
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